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mardi 5 mars 2013

Episode 8 - Sensations tactiles




« - Ah oui quand même… Ma culture dans ce domaine est limitée. Je lis au coup de cœur. Et cette fois-ci, je me suis laissée tenter par « Le passager » de Granger… Vous connaissez peut-être ? » 

De la culture… C’est une bonne chose. J’apprécie les gens intéressants dont on a des choses à apprendre.


L’homme est en train de ramasser les choses qui sont tombées de mon sac et que je n’ai pas encore ramassées. Gentiment, il pose mon bric-à-brac sur le banc. J’aime les gens qui usent de bonnes manières… 


«  - Laissez, je vous en prie… Je rangerais mon petit bazar… »


Monsieur l’Inconnu est toujours accroupi à côté de moi quand soudain, il vacille, tente de se rattraper maladroitement et se rétabli.

A ma grande surprise, il se saisi de mon pied gauche. Il a besoin de se raccrocher à quelques chose me dis-je, mais au même moment sa main vient se loger sur ma cheville. Un large sourire. Serait-ce un jeu dont je ne connais pas les règles ?


Moi qui d’ordinaire déteste les contacts qu’imposent les gens « trop » tactiles, la foule, les files d’attentes et autres lieux où la promiscuité est de rigueur, je me surprends à trouver celui-ci charmant. 
Car bien que la prise soit ferme, le geste n’en reste pas moins délicat. La main est tiède, presque douce. Cet homme ne fait pas un travail manuel me dis-je. 

Cette « prise » m’a déstabilisée, sans avoir réellement peur, elle a tout de même généré une certaines méfiance. Je ne suis pas en temps ordinaire une personne que l’on aborde si facilement. C’est à croire qu’il perçoit mon inquiétude car il me décoche un sourire des plus enjôleurs. J’ai envie de rire mais ayant peur qu’il pense que je me moque et qu’il prenne mal la chose je m’en abstiens… 


Je ne m’en étais pas aperçu mais je le fixais. Ce qui me donna l’occasion de voir passer comme un voile dans son regard… Quelque chose d’étrange. Le sentiment que les choses prenaient une drôle de tournure et que cette rencontre n’était pas banale me parvint. Je ne peux m’empêcher de lui sourire.


Ceci dit, je commence à me dire qu’il va bien falloir qu’il relâche sa prise à un moment ou un autre. Je lui tends alors la main, pour qu’il se relève. Non seulement la durée de ce contact commence à devenir gênant mais en plus le fait d’avoir un homme ainsi agenouillé devant moi, me mets mal à l’aise.


L’homme prend ma main. Je m’attendais à une poigne ferme mais il n’en est rien. Tout est en finesse. Un juste équilibre entre souplesse et force. Il se redresse lentement. Je m’aperçois qu’il est de grande taille. Enfin, vu ma taille, la majorité des gens me paraissent grands…


Cependant, être assise alors qu’il est debout face à moi, me déplaît. Je préfère de loin que nous soyons sur un pied d’égalité. Autant je n’aime pas qu’un homme se soumette, autant je n’aime pas l’être. D’un geste de la main, je l’invite à s’asseoir à coté de moi…



samedi 5 janvier 2013

Episode 10 - Turbulences de papier



Mon interlocuteur s’installe sur le banc et me parle d’auteurs de romans policiers que je ne connais pas…


« - Je ne connais pas ces auteurs, je lis des romans policiers mais pas seulement… Granger a une façon d’écrire que j’aime assez. Très précis et documenter. Et il créé des ambiances toutes particulières, tout comme ses histoires qui sont souvent très dures. J’imagine que vous aussi, vous avez du trouver le film bien en dessous du livre… Même s’il est pas mal… » 

L’homme me parait mal à l’aise, mais peut être que je me trompe. Je ne le connais pas. Nous continuons de discuter. 

« - Les livres sont aussi des objets et je vois que vous êtes sensible aussi au contexte propice à la lecture, ce lieu, cet isolement….. Vous me permettez ... ?»

Il tend la main vers mon livre qui est resté nonchalamment posé sur mes jambes. L’idée de m’écarter me traverse l’esprit, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression que je n’ai rien à craindre de cet homme. Là encore, peut être que je fais erreur. De toute façon s’est trop tard, il s’est saisi de l’ouvrage. Je sens cette main chaude à travers ma robe et une drôle d’impression me parcours. Ce geste d’allure innocente me perturbe. Je ne saurais dire comment mais cette proximité me perturbe quelques peu. Je n’ai pas l’habitude de ce genre d’incursion. 

« - J’aime les livres. Je veux dire par là, les livres papiers. Ils ont un charme, un caractère qu’aucun pc, macbook et compagnie n’aura jamais. Et en général, je peux lire n’importe où tant que l’histoire me transporte. Je fais juste le choix d’un peu de confort parfois… »


Je sursaute et regarde autour de nous. Un « gros » bruit sourd vient troubler le calme du Jardin. Sans doute un élément de la scène ou du décor de la soirée qui est tombé, on sent de l’agitation du coté de la grande place… 

« Que diriez-vous d’aller faire quelques pas… ? »

Je hoche la tête et commence à récupérer toutes mes affaires éparpillées. Une fois, fait, je mets mon sac à main sur mon épaule et me lève. L’inconnu m’emboite le pas. Sans mots dire…

L’après midi commence à décliner. La chaleur diffuse le doux parfum de la glycine. J’aime beaucoup ces ambiances de fin d’après midi quand la chaleur est à son paroxysme. Nous marchons donc en silence, dans cette petite allée de graviers. Le silence ne me gêne pas, mais ma curiosité pour cet homme n’est pas rassasiée. 

« Vous n’êtes pas d’ici n’est ce pas ? Il me semble avoir remarqué un accent qui n’est pas de par chez moi… »

 L’homme sourit. Un joli sourire d’ailleurs, plutôt engageant.