Nos pas nous ont guidés sur une sorte de petit « Pont des soupirs ».
Comme une petite butte de métal entrelacé, la dureté du métal s’élançant
en d’élégantes arabesques, donnant un air de légèreté à ce petit
passage au-dessus de l’eau.
Perchés sur le haut du pont nous regardons
le parc. Il est paisible à cette heure, les enfants et leurs mamans ont
désertés les allées et le nombre des promeneurs s’est considérablement
amenuisé.
« - Je ne partage pas votre esprit vagabond, j’aime beaucoup
partir, voyager, découvrir mais j’aime tout autant revenir. Mes
attaches, mes repères et mon fondement sont ici. J’ai le besoin viscéral
d’y revenir. Et que lisez-vous Monsieur le Romantique ?
Décidément pas banal…
Appuyée
contre la rambarde du pont, j’observe cet homme, de belle envergure. Le
regard perdu dans le jardin. Plus âgé que moi, certes, mais pas dénué
de charme. D’apparence soignée.
Il se retourne. Peut être a-t-il
senti le poids de mon regard. Je n’ai pas été très discrète mais d’un
autre côté j’ai besoin de jauger avec qui je discute. Je n’ai pas pour
habitude de faire la causette avec de parfaits inconnus. Ou alors il va
simplement me répondre…
Nos yeux se croisent. Un de ces regards
qui vous lis, qui tente de percer ce que vous êtes au plus profond de
votre fort intérieur.
Je ne détourne pas les yeux. Je n’en
ressens ni le besoin, ni l’envie. Peu importe ce qu’on y trouve.
Les
regards en disent bien plus long que les paroles dans la majorité des
cas. Et le sien me parle.
Finalement c’est une toute autre phrase que celle que j’attendais qui émerge de ce moment de trouble subtil :
- Je dispose de tout mon temps, pour cette soirée, Madame, il en va
peut-être différemment pour vous-même…., même si le moment est
idyllique, il convient de tenir compte du fait que ce Parc va peut-être
bientôt fermer……
- Il ne ferme que vers 22h… J’ai moi-même du
temps devant moi. C’est une journée de liberté que je m’octroie de temps
à autres… Nous pouvons aller à une terrasse si vous le souhaitez, mais à
l’écart du brouhaha de la Place si ça ne vous dérange pas… »