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lundi 5 novembre 2012

Episode 12 - A deux au-dessus des eaux



Nos pas nous ont guidés sur une sorte de petit « Pont des soupirs ». Comme une petite butte de métal entrelacé, la dureté du métal s’élançant en d’élégantes arabesques, donnant un air de légèreté à ce petit passage au-dessus de l’eau.

Perchés sur le haut du pont nous regardons le parc. Il est paisible à cette heure, les enfants et leurs mamans ont désertés les allées et le nombre des promeneurs s’est considérablement amenuisé. 

« - Je ne partage pas votre esprit vagabond, j’aime beaucoup partir, voyager, découvrir mais j’aime tout autant revenir. Mes attaches, mes repères et mon fondement sont ici. J’ai le besoin viscéral d’y revenir. Et que lisez-vous Monsieur le Romantique ?

Décidément pas banal… 

Appuyée contre la rambarde du pont, j’observe cet homme, de belle envergure. Le regard perdu dans le jardin. Plus âgé que moi, certes, mais pas dénué de charme. D’apparence soignée. 

Il se retourne. Peut être a-t-il senti le poids de mon regard. Je n’ai pas été très discrète mais d’un autre côté j’ai besoin de jauger avec qui je discute. Je n’ai pas pour habitude de faire la causette avec de parfaits inconnus. Ou alors il va simplement me répondre… 

Nos yeux se croisent. Un de ces regards qui vous lis, qui tente de percer ce que vous êtes au plus profond de votre fort intérieur. 

Je ne détourne pas les yeux. Je n’en ressens ni le besoin, ni l’envie. Peu importe ce qu’on y trouve. 

Les regards en disent bien plus long que les paroles dans la majorité des cas. Et le sien me parle. 

Finalement c’est une toute autre phrase que celle que j’attendais qui émerge de ce moment de trouble subtil :
- Je dispose de tout mon temps, pour cette soirée, Madame, il en va peut-être différemment pour vous-même…., même si le moment est idyllique, il convient de tenir compte du fait que ce Parc va peut-être bientôt fermer……
- Il ne ferme que vers 22h… J’ai moi-même du temps devant moi. C’est une journée de liberté que je m’octroie de temps à autres… Nous pouvons aller à une terrasse si vous le souhaitez, mais à l’écart du brouhaha de la Place si ça ne vous dérange pas… » 

mercredi 5 septembre 2012

Episode 14 - Déséquilibre



"- Laissez-moi quelques minutes que j'y réfléchisse...

Voilà comment on trouve un prétexte pour remettre un peu d'ordre dans son fort intérieur. Cet homme me propose de passer la soirée avec lui... Un parfait inconnu... Pas raisonnable... Pas prudent... Mais ma curiosité est piquée au vif, et peut être un peu plus.

- Je connais un petit établissement qui s'appelle Les petits parapluies... Avec une jolie terrasse, si cela vous tente...



L'homme acquiesce de la tête. Un sourire en coin. Je lui souri en retour. 

- On peut y aller tranquillement si vous voulez..."

N'attendant pas sa réponse, je me dirige vers l'autre extrémité du pont. L'endroit est vraiment joli. Ce petit pont me fait penser à ces scènes romantiques avec de belles dames élégantes dans leurs robes à queues d'écrevisses, avec leurs ombrelles... Comme un saut dans le temps. Je sens la présence de l'Homme dans mon dos. 


En temps normal, j'aurais éconduit l’opportun. Mais il y a quelque chose qui me charme chez cette personne. Dans ses manières, dans sa façon de me parler. J'aime beaucoup aussi son accent. Un petit concentré de soleil pour la fille du nord que je suis. Et puis cet homme a un côté loup qui n'est pas non plus pour me déplaire. Je ne sais pas où cette rencontre me mène mais j'ai la sensation qu'elle n'est pas ordinaire...


Arrivé au bas du pont dans une allée de rosiers, je m'arrête et me retourne pour montrer à mon visiteur la grande serre de fleurs tropicales. Mon compagnon de route, qui marchait dans mes pas, n'a visiblement pas vu que j'avais stoppé net et me percute. 


Surprise, je fais mon possible pour ne pas tomber. L'équilibre retrouvé, je me rends compte que j'ai posé une main sur son torse et que de l'autre je lui tiens le bras. 

"- Excusez-moi! Je n'ai pas l'habitude d'être suivie..."


jeudi 5 juillet 2012

Episode 16 - Heurt et trouble




Chacun est à présent bien ancré au sol.

«  Ouf ! Il s’en est fallut de peu ! Ca va ? »

L’homme a, à présent posé sa main sur celle que j’ai maladroitement posée sur son torse, par réflexe. Je sens son cœur qui bat dans sa poitrine, visiblement, lui aussi a été très surpris. Il s’excuse.

« Il n’y a pas de mal, je saurais qu’il vaut mieux, ne pas marcher devant vous dorénavant ! »

Je lui parle, mais mon esprit est ailleurs. Concentré sur cette douce chaleur qui émane de sa main. Cette main posée sur la mienne me perturbe. 

 « - Les parapluies n’auront aucune utilité par un tel beau temps, mais l’image de la protection est touchante, venant de vous après un tel sauvetage……
- Sauvetage est un bien grand mot, je suis un peu à la source de l’incident… Mais j’aime assez l’idée ! Vous verrez c’est un établissement, avec une terrasse dans une petite cours intérieure des plus charmante. Typique des hôtels particuliers de la ville…»

Nous parlons, mais ne faisons aucun mouvement. Ni l’un ni l’autre. Comme figés. Je ne me sens pas particulièrement à mon aise dans cette configuration, et pourtant, il est plaisant de sentir le contact chaleureux de cet Autre.
« - Vous me montriez ces serres, vous les connaissez peut-être, j’ai été tellement charmé par la visite à Berlin des Serres du château de Charlottenburg et son fameux jardin botanique, bouleversant d’émotions…
- Je ne connais pas les Serres dont vous parler, mais celles-ci oui, je m’y suis déjà promenée. Elles sont modestes mais très joliment élaborées… J’aime beaucoup les jardins, les parcs de manière générale, il est doux de s’y égarer et d’y perdre son temps.
- Nous parlerions parfois des heures de ce qui nous tient à cœur, ou bien encore nous a touché, n'est-ce pas!
- Oui c’est vrai… »

L’homme semble à l’aise, tout le contraire de moi… Il joue de cette main posée sur la mienne, faussement prisonnière, petite chose fragile sous cette main puissante d’homme. L’instant est doux. 

Cependant, je ne sais que faire, reprendre ma main ? Attendre ? Mon regard n’arrive qu’à hauteur d’épaule et je n’ose relever la tête vers Lui pour scruter son visage, de peur que mon trouble soit trop visible. De peur de ce que je pourrais y lire. Mais cela me déstabilise encore plus, j’aime regarder les gens quand je leur parle, lire sur leurs traits le cheminement de leur pensée.

Je suis tiré de mes réflexions par une sensation de chaleur qui se pose délicatement sur ma hanche… Saisie. Tant dans le geste que par la surprise. Ce contact est agréable, ce bras loger dans la cambrure de mon dos, cette autre main qui me maintien sans me tenir réellement… J’ai le cœur qui s’emballe, et c’est instinctivement que je relève cette fois la tête pour regarder mon interlocuteur. Il est calme et serein, comme ces personnes qui savent très bien où elles vont et pourquoi. Rien d’impulsif n’émane de cette personne, tout semble maîtrisé… 


La panique, m’étrangle et je me déroule de ce bras, rapidement, comme les danseuses après un tour. Je suis gênée et confuse, d’avoir eu cette brusquerie. Dans une étincelle de bon sens, je lui lance « Je peux prendre votre bras ? »…

Puis me tais. Essais de me recentrer. Mais je sens encore cette main posée sur moi…